Origine et histoire de la Cathédrale Saint-Alain
La cathédrale Saint-Alain de Lavaur, située dans le Tarn en Occitanie, est un édifice gothique méridional dont la construction s’échelonne du XIIIe au XVIe siècle. Fondée sur les vestiges d’un prieuré bénédictin attesté dès 1098, elle remplace une église romane détruite lors de la croisade des Albigeois en 1211. La reconstruction débute vers 1255, marquant le passage à un style gothique caractérisé par une nef unique élancée (23 m de hauteur). L’érection du prieuré en évêché en 1317 transforme l’église en cathédrale, déclenchant des agrandissements successifs jusqu’au XVIe siècle.
Au XIVe siècle, des chapelles sont édifiées entre les contreforts, une innovation pour le Languedoc. L’évêque Jean Vigier (1469–1497) entreprend des travaux majeurs : surélévation de la nef, ajout d’une travée occidentale, et construction d’un clocher-tour de 42 m coiffé d’une flèche (détruite en 1540). Le chevet polygonal et le jubé (démoli au XVIIIe siècle) sont ajoutés sous l’épiscopat de Simon de Beausoleil (1514–1525). La cathédrale, construite principalement en brique, intègre des éléments romans comme le clocher sud du jacquemart, automate installé en 1604 après un mécanisme initial daté de 1523.
L’intérieur abrite des trésors remarquables : une table d’autel romane en marbre (vers 1100), sculptée de motifs similaires à celle de Saint-Sernin de Toulouse, un orgue Cavaillé-Coll (1876) dans un buffet Renaissance polychrome (1524), et des peintures murales des frères Céroni (XIXe siècle). Le gisant de Simon de Beausoleil, redécouvert au XIXe siècle, orne l’enfeu sud. Classée monument historique en 1911, la cathédrale a subi une restauration majeure entre 2013 et 2018, après un incendie criminel en 2019 dans une chapelle.
Le jacquemart, symbole local, serait né d’une légende : un prisonnier condamné à sonner les cloches aurait fabriqué un automate pour s’échapper. La cathédrale, aujourd’hui paroissiale, reste un lieu de pèlerinage pour la fête de saint Alain (25 novembre), dont l’origine mystérieuse précède la fondation bénédictine. Son orgue, classé, attire des concertistes internationaux, tandis que le jardin de l’évêché et les fresques du XVIIIe siècle (partiellement effacées) témoignent de son riche passé épiscopal.
Architecturalement, la cathédrale illustre la transition entre roman et gothique méridional, avec une nef dépouillée contrastant avec des chapelles latérales richement voûtées (liernes et tiercerons). Les vitraux, les stalles disparues, et le lutrin en fer forgé (XVIIIe siècle) complètent un mobilier classé. La charpente et les voûtes, restaurées après des siècles d’humidité, abritent aussi une piéta du XVIIe siècle et des tableaux de l’école de Ribera. Le site, le plus visité du Tarn après Albi, incarne l’histoire religieuse et artistique de l’Occitanie.